Cet article d'opinion a été coécrit par Mathieu Fleury, président du Conseil du sport d'Ottawa, et Milena M. Parent, professeure à l'École de gestion Telfer de l'Université d'Ottawa.
Le Conseil des sports d'Ottawa a également envoyé Lettre adressée à Neil Lumsden, ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport de l'Ontario plaider en faveur d’une approche multiministérielle qui harmonise les priorités du sport, de la santé, de l’éducation et des municipalités afin de promouvoir un système sportif plus cohérent, résilient et bien coordonné qui favorise le bien-être de la communauté.
Au cours des dernières semaines, alors que les applaudissements s'estompaient après les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026, le Canada a été témoin d'un événement extraordinaire. Bien que les athlètes canadiens aient remporté 21 médailles, ce résultat est inférieur aux 30 prévues, et un débat national s'est enclenché, mené non pas par les politiciens ou les administrateurs, mais par nos athlètes eux-mêmes. Les athlètes olympiques et paralympiques – ce pour cent d'athlètes d'exception qui nous représentent, nous unissent et nous font ressentir des émotions profondes et partagées – ont pris la parole avec courage et lucidité pour dénoncer les pressions insoutenables auxquelles ils sont soumis lors de leurs entraînements, compétitions et dans leur vie quotidienne. De toute évidence, la situation actuelle n'est pas viable : si rien ne change, le Canada continuera de dégringoler au tableau des médailles.
La voix des athlètes compte, car elle révèle des vérités que seule l'expérience vécue peut exprimer. Leurs expériences sont importantes, car elles dévoilent les réalités qui se cachent derrière les performances qui nous inspirent. Et leur leadership est puissant, nécessaire et profondément canadien, car il témoigne d'une volonté de parler ouvertement des problèmes systémiques qu'on ne peut plus ignorer ni reporter.
Nous tenons à remercier non seulement les athlètes eux-mêmes, mais aussi le Comité olympique canadien, ainsi que tous les parents, entraîneurs et partenaires de performance qui ont contribué à mettre ce débat au premier plan. Leur volonté de mettre en lumière des vérités difficiles a permis au pays de constater ce que les initiés savent depuis des années : le système sportif canadien est à bout de souffle et n’est plus en mesure de répondre aux exigences qui lui sont imposées.
La situation actuelle exige bien plus qu'une solution superficielle. Elle exige bien plus qu'une intervention ciblée sur un seul aspect du système, comme l'augmentation du financement des athlètes et des organismes sportifs nationaux. Au-delà d'une augmentation soutenue du financement – qui demeure essentielle, car il faut dix ans pour former un athlète de haut niveau – il faut un changement structurel : un changement fondé sur la transparence, harmonisé entre les différentes instances et axé sur la santé à long terme des Canadiens, des collectivités et des athlètes qui les représentent.
Les Canadiens veulent être actifs. Ils ont simplement besoin d'espaces pour le faire.
Le débat suscité par nos athlètes ne porte pas seulement sur les médailles ou les podiums ; il concerne les conditions qui permettent à une population de se déplacer, de s’épanouir, de tisser des liens et de prospérer. Les lieux où les enfants découvrent la joie du jeu, où les adolescents forgent leur identité d’équipe et où les adultes se ressourcent pour leur santé, leurs relations et leur sentiment d’appartenance sont les mêmes lieux qui sèment les graines de l’excellence. Lorsque ces espaces sont inexistants, désuets ou surchargés, la participation diminue, les inégalités se creusent et le vivier de talents qui mènent au podium se tarit à la source. Les Canadiens réclament davantage d’occasions de pratiquer une activité physique au quotidien.
Ils ne demandent pas une idée nouvelle. Ils demandent des espaces où l'idée puisse s'épanouir.
Une nation de 40 millions d'habitants ne peut pas compter sur des infrastructures conçues pour une nation de 20 millions.
Pendant des décennies, le Canada a dépendu d'un réseau d'infrastructures sportives comprenant patinoires, piscines, gymnases, pistes d'athlétisme, terrains de sport et centres communautaires, construits à l'origine pour un pays beaucoup plus petit. Nombre d'entre elles ont été érigées pour le centenaire du Canada en 1967. Ces installations, visionnaires pour l'époque, ont contribué à former des générations de Canadiens en santé et solidaires.
Aujourd'hui, nombre d'entre elles ont largement dépassé leur durée de vie prévue et ne répondent plus aux normes modernes de sécurité, d'accessibilité et d'efficacité énergétique. Parallèlement, la pression sur l'utilisation et les coûts continuent d'augmenter, parallèlement à la croissance démographique et aux changements démographiques. Il n'est ni réaliste ni responsable d'espérer qu'un système sportif contemporain puisse prospérer sur des infrastructures conçues pour une autre époque. S'appuyer sur des infrastructures construites en 1967 entraîne des conséquences prévisibles : une demande non satisfaite, des familles frustrées, des municipalités surchargées, des conditions d'entraînement médiocres et un système de haute performance qui en subit les conséquences à long terme.
Les provinces sont submergées par les coûts de santé. Les villes peinent à faire face au vieillissement de leurs infrastructures. Le sport est et doit faire partie de la solution.
Partout au Canada, les provinces doivent composer avec la hausse des dépenses de santé, la détérioration des indicateurs de santé mentale chez les jeunes et l’isolement social qui mine la résilience communautaire. Parallèlement, les villes peinent à entretenir des installations récréatives vieillissantes, à trouver des solutions pour remplacer les structures vétustes et à répondre aux besoins d’une population croissante avec des bâtiments et des terrains déjà saturés. Il en résulte des listes d’attente, des frais d’utilisation et des occasions manquées pour les personnes qui pourraient le plus bénéficier de l’activité physique, des liens sociaux et du mentorat.
Les infrastructures sportives, d'activité physique et de loisirs constituent une infrastructure de santé. Elles constituent également une infrastructure de santé mentale, une infrastructure communautaire et une infrastructure de construction nationale.
Lorsque les collectivités disposent d’espaces modernes et accessibles, la participation augmente, les jeunes trouvent des réseaux de soutien entre pairs, les aînés conservent leur autonomie, les nouveaux arrivants s’intègrent plus rapidement et le fardeau des soins de santé publics s’allège avec le temps. Selon l’Institut canadien de recherche sur la condition physique et le mode de vie (ICRCV) et l’Association canadienne des parcs et des loisirs (ACPL), l’inactivité physique a coûté environ 1 403,9 milliards de dollars au système de santé canadien pour la seule année 2022.
L’intervention préventive la plus efficace est à portée de main : aménager des lieux où l’activité physique quotidienne est normale, pratique et agréable. Le Canada connaîtra ainsi une population en meilleure santé, des quartiers plus sûrs et un secteur sportif plus dynamique. Selon l’ICRF et l’ARC, réduire l’inactivité physique des Canadiens de seulement 101 000 millions de dollars permettrait à notre système de santé d’économiser 1 400 629 millions de dollars par année.
Les provinces qui cherchent à maîtriser les coûts des soins de santé et les villes qui souhaitent redéfinir leurs priorités en matière d'infrastructures peuvent se rassembler autour d'une même solution. Les données démographiques et la réalité sanitaire convergent : le statu quo n'est pas viable.
Nous n'avons pas besoin d'une idée nouvelle. Nous avons besoin d'une mobilisation d'envergure centenaire.
Le Canada a déjà prouvé ce qu’il est possible d’accomplir lorsque la vision rencontre l’engagement. Les investissements du centenaire de 1967 ont transformé le pays en créant des espaces qui sont encore aujourd’hui au cœur de nombreuses communautés. La solution à notre problème actuel ne réside pas dans la nouveauté, mais dans un engagement renouvelé, d’une ampleur et d’une rigueur accrues. Nous avons besoin d’une nouvelle mobilisation à l’échelle du centenaire, qui accorde au sport, à l’activité physique et aux infrastructures récréatives l’importance qu’ils méritent et qui unisse le gouvernement fédéral, les politiques provinciales, la planification municipale et les conseils scolaires autour d’un objectif unique et à long terme : des Canadiens en santé, actifs et connectés, et un système sportif capable de bâtir et de maintenir l’excellence.
Une telle mobilisation doit moderniser les installations vieillissantes et en construire de nouvelles là où les lacunes sont évidentes. Elle doit garantir dès la conception l’équité, la sécurité, l’accessibilité, l’inclusion des Autochtones et l’efficacité environnementale. Elle doit assurer un financement stable et pluriannuel afin que les projets locaux puissent passer de la phase de conception à l’inauguration sans s’enliser dans un cycle de subventions à court terme et de dépassements de coûts. Enfin, elle doit suivre les résultats qui importent au public : des taux de participation plus élevés, un bien-être accru des jeunes, une réduction de la pression sur les soins de santé, une cohésion communautaire renforcée et des parcours plus cohérents vers le sport de compétition.
Le sport, l'activité physique et les loisirs commencent dans les communautés, mais ils se développent sur les campus.
Les centres communautaires, les patinoires locales, les piscines municipales et les terrains scolaires sont les lieux où la participation commence, où se forge une identité et où s'enracine la confiance. Pour progresser et être compétitifs, les athlètes canadiens s'appuient sur un maillon essentiel trop souvent négligé dans le débat national : nos écoles secondaires, nos collèges et nos universités.
Ces campus font le lien entre l'engagement communautaire et l'ambition de performance de haut niveau. Ils offrent une expertise en matière d'entraînement, de sciences du sport, de préparation physique, de plateformes de compétition et une culture qui concilie formation et recherche de l'excellence. Ils constituent également des pôles de recherche, d'innovation et de perfectionnement des entraîneurs, bénéficiant ainsi à l'ensemble du système.
Une stratégie d'infrastructure crédible doit donc relier les installations communautaires aux écoles, aux collèges et aux universités, puis aux centres de formation provinciaux et nationaux, selon un parcours cohérent et accessible. Les installations des campus devraient être rénovées et agrandies non seulement pour les programmes universitaires, mais aussi pour les millions d'étudiants, de membres du personnel et de riverains qui en dépendent pour leur santé et leur sentiment d'appartenance. Lorsque les campus prospèrent en tant que biens publics partagés, l'écosystème sportif gagne en capacité, en continuité et en crédibilité.
Un système digne de nos athlètes exige des fondations dignes de la nation.
Le leadership dont ont fait preuve nos athlètes olympiques et le Comité olympique canadien lors des Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026 a placé le pays à un tournant décisif. Leur franchise a mis en lumière la fragilité d'un système qui repose sur des infrastructures désuètes et des investissements inégaux.
Mais elle a aussi révélé une voie à suivre.
En harmonisant nos compétences, en modernisant nos installations et en reconstruisant le système sportif, du niveau communautaire jusqu’aux échelons postsecondaire et national, nous pouvons bâtir un Canada plus fort, plus sain et plus compétitif. Le rapport et les recommandations à venir de la Commission sur l’avenir du sport au Canada peuvent orienter la réforme des structures des fédérations, mais une véritable transformation exige des infrastructures capables de soutenir les ambitions d’un pays moderne et en pleine croissance.
La réforme des organismes sportifs nationaux et l’amélioration du soutien direct aux athlètes demeurent essentiels, mais ne sauraient constituer les seuls leviers d’action. La réforme de la gouvernance doit se faire dans un esprit de clarté des rôles, de responsabilisation, de transparence et de réduction des chevauchements, conformément aux recommandations nationales à venir. Toutefois, rien de tout cela ne pourra atteindre son plein potentiel sans des infrastructures capables de répondre aux besoins d’un pays moderne et en pleine croissance. L’excellence ne peut dépendre de la rareté des ressources, d’installations désuètes ou d’un accès inégal selon le code postal. Elle doit reposer sur des espaces où les Canadiens mènent une vie active, où les jeunes découvrent le sport en toute sécurité et avec joie, où les talents s’épanouissent grâce à un soutien adéquat et où les communautés sont fières de leurs lieux de prédilection.
Le Canada l’a déjà fait. Nous pouvons le refaire. La voie à suivre est claire : aménager les infrastructures, harmoniser le système et laisser les Canadiens – de la communauté aux campus universitaires, jusqu’aux podiums – faire le reste. Et cette fois-ci, nous pouvons bâtir un système à la hauteur de notre population, des besoins de nos communautés et du potentiel de nos athlètes.
La situation l'exige. Le pays le mérite.
MISE À JOUR – Plaidoyer pour une utilisation équitable des écoles par la communauté : Réunion du Conseil des sports d’Ottawa, de la Coalition SPACE et du ministère de l’Éducation le 12 août 2026
Le 12 août 2026, Conseil du sport d'Ottawa (CSO) ont rejoint les partenaires provinciaux et communautaires de Coalition SPACE pour une réunion de délégation en cours avec de hauts fonctionnaires de Unité des écoles inclusives du ministère de l'Éducation de l'Ontario. En tant que représentant clé au sein de Conseils sportifs communautaires de l'Ontario (CSCO), L'OSC a apporté à cette importante conversation les expériences directes de la communauté sportive locale et des résidents d'Ottawa.
Amplifier les défis du sport communautaire en matière d'accès aux espaces
Représentant les groupes sportifs communautaires d'Ottawa et de l'Ontario, l'OSC a mis en lumière de graves obstacles systémiques au sein du cadre actuel d'utilisation communautaire des écoles (UCE) :
- Restrictions liées aux permis existants : Les procédures d'autorisation actuelles entravent constamment le développement de nouveaux sports et la prise en compte des besoins émergents de la communauté. Les règles restrictives concernant les réservations de l'année précédente, l'obligation d'attendre la mi-septembre pour demander des modifications et la réception des mises à jour fin octobre, engendrent une immense lassitude chez les bénévoles et nuisent à l'expérience et à la sécurité des participants.
- Inégalités en matière d'équité et d'accessibilité : Les coûts élevés des permis et des services de gardiennage, ainsi que le manque d'accès local, affectent de manière disproportionnée les familles socio-économiquement défavorisées et les quartiers prioritaires. De plus, les lacunes généralisées en matière d'accessibilité physique des infrastructures scolaires limitent les options d'installations pour les sports adaptés et les personnes ayant des besoins spéciaux.
- Augmentation des coûts : Les minimums de réservation obligatoires et l'augmentation des frais de garde obligent les organismes sportifs communautaires à but non lucratif à répercuter ces coûts accrus sur les familles, ce qui exclut les jeunes des sports communautaires, de l'activité physique et du bien-être social.
- Croissance stagnante de la participation : L’absence totale d’affectations d’installations axées sur l’équité entrave directement les efforts visant à promouvoir le sport pour les femmes et les filles, les communautés autochtones, les athlètes ayant un handicap physique ou intellectuel et les nouveaux arrivants, tout en limitant la disponibilité de programmes sportifs communautaires gratuits ou à faible coût.
Principales recommandations en matière de plaidoyer
- Répartition équitable des installations : Établir des lignes directrices provinciales normalisées pour l’attribution des espaces scolaires en fonction de l’équité communautaire, de l’accessibilité physique et des besoins locaux plutôt que des réservations historiques et des politiques établies de longue date.
- Priorité à une programmation inclusive et gratuite : Consacrer des espaces à l'élargissement de la participation des groupes sous-représentés, en particulier au développement du sport féminin et féminin, et préserver l'accès gratuit aux activités sportives communautaires afin de supprimer les obstacles financiers.
- Collaboration multisectorielle : Tirer parti des partenariats entre les municipalités locales, les conseils sportifs, les partenaires communautaires et les commissions scolaires afin de maximiser l'utilisation des installations et d'apporter des avantages directs à la communauté.
- Frais opérationnels standardisés : Supprimer les durées minimales de réservation rigides (telles que les créneaux obligatoires de 5 heures) et standardiser les coûts de garde afin de rendre les programmes abordables tant pour les organisations que pour les participants.
Prochaines étapes et comment participer
Les représentants du ministère ont reconnu ces lacunes et se sont engagés à explorer les possibilités de collaboration interministérielle et à poursuivre le dialogue. OSC, CSCO, SPACE et d’autres partenaires communautaires continueront de mettre en œuvre une stratégie unifiée afin de garantir que les installations publiques demeurent accessibles et abordables pour tous.
- Rejoignez le mouvement : Soutenez l'accès du public aux espaces communautaires en adhérant à Coalition SPACE.
- Partagez votre expérience : Contactez Frances Mercer, directrice générale du Conseil des sports d'Ottawa, à ed@sportottawa.ca Partager des données et des analyses locales en amont des prochaines réunions gouvernementales.
- Lisez l'appel à l'action : Lisez le président de l'OSC, Mathieu Fleury lettre au gouvernement de l'Ontario plaider en faveur de priorités cohérentes dans les domaines du sport, de la santé et de l'éducation.
- Lisez le Rapport sur la durabilité du secteur du sport communautaire 2025 des conseils sportifs communautaires de l'Ontario, des recherches essentielles pour comprendre le paysage du sport communautaire en Ontario.

